Extractos de "La vierge et l´albinos"
Una novela inédita que aún no ha sido traducida.
Fragments des délires d’un gourou qui appelle au sacrifice pour sauver la Côte des Saints, pays réel et imaginaire...
I
Salem dit qu’il faudrait une offrande. Un sacrifice pour demander à la mer de pardonner les bêtises des hommes. Le pasteur insiste, ça urge poursuit-il ; il faut donner aux dieux des profondeurs ce qu’ils réclament. C’était la dernière chance, l’ultime bouée qu’ils tendaient à la ville et, reprend Salem, il s’agit de la prendre, ne pas la laisser filer entre les doigts, nos paumes moites… Un sacrifice. Offrir le meilleur de soi, quelque chose de pur, de vrai. Et Salem ajouta qu’il n’y avait plus de vierges sur la Côte des Saints. Ni vierges, ni albinos. Mon ami Francisco l’albinos a crevé il y a six mois, sa place est restée inoccupée au collège Docteur Kaolo. Un sacrifice et j’ai repassé en mémoire mon dernier échange avec Wuli. Donner aux dieux, disait-il, le meilleur de son œuvre et de sa chair, une vierge, un albinos. Et Wuli parla de cette forêt à la lisière de la cité. Pour s’attirer les faveurs de l’au-delà on y emmenait à l’aube une jeune fille qui n’avait pas connu d’homme…
II
Au mitan de la forêt il y avait une grosse pierre blanche bien polie, lavée par les intempéries, le lit des esprits, confiaient les vieux. Sur le lit des djinns, on couchait la vierge, les mains ligotées, et les jambes écartées et attachées à deux pieux plantés dans la terre. À la bouche, la fille avait un bâillon, elle ne pouvait ni bouger ni crier et, avant les premiers rayons du soleil, les djinns venaient la prendre. Ils pouvaient être deux, trois, plusieurs à visiter son ventre, son temple de chair au parfum d’encens ; un peuple de djinns pouvait en elle boire la vie et, dans les rues de la ville, si le vent tournait comme il fallait, on pouvait entendre ses cris à la vierge parce que le bâillon avait cédé et c’était le signe que les esprits étaient contents, le sacrifice avait été accepté et la cité bénie, protégée du mal…
III
Et au crépuscule, on retournait dans la forêt où sur la pierre la vierge gisait dans son sang, avec dans le ventre un grand trou, une large fente de l’entrejambe au nombril, et les sacrificateurs disaient, « Faut croire qu’ils ont des sexes énormes, les djinns, des membres princiers, quelque chose comme un canon ou un télescope… ». Les dieux n’acceptent pas n’importe quoi, c’était la vierge ou l’albinos et Salem dit qu’il y en a de moins en moins des albinos. À part mon copain Francisco qui n’est plus là, j’en connaissais juste deux au marché. Il faut croire que c’était une espèce rare, l’albinos avec sa peau de nouveau-né, transparente, lumineuse et les djinns aimaient cela. Au mitan de la forêt on attachait l’albinos à un gros fromager la nuit, à l’heure où sortent les bêtes sauvages...
IV
Les félins pouvaient alors surseoir à leur partie de chasse parce que la proie était gracieusement offerte… Et le supplice de l’albinos pouvait durer toute la nuit, parfois plus longtemps… Après, la Côte des Saints revenait dans les bonnes grâces des dieux… Un sacrifice, insiste Salem, et je me dis que nous n’avions plus rien de vrai ni de pur à offrir. Ni vierge ni albinos ; la misère et les touristes sont passés sur les gamines de la rue des Vaches et les albinos portent sur la peau des marques noires, des taches louches, impures… et le reste c’étaient des borgnes, des manchots, des estropiés, des lépreux, des pauvres en esprit, des cagneux, des ulcéreux, des camés, des fous…