Après l’année de mentorat

Junaid Jemal Sendi évoque son année en tant que protégé.

Quelle avait été votre réalisation artistique la plus importante avant le début de ce programme ?

Ma première réalisation artistique a été la chorégraphie du ballet Yemot Guzo pour le concours de danse Sanga 3 à Madagascar, en 2003. Sur les 71 œuvres présentées en vidéo, ce ballet a obtenu la première place et notre compagnie, Adugna, a été invitée à se produire à Madagascar. C’était la première fois que les médias parlaient beaucoup de nous, en Éthiopie et à l’étranger.

Comment s’est déroulée l’année de mentorat ?

Au début, j’ai juste regardé comment Saburo Teshigawara gérait l’éclairage et organisait l’espace scénique. Ensuite, quand il a chorégraphié, j’ai fait des vidéos. Puis il m’a invité en Italie pour que j’interprète un petit rôle dans un ballet. À la fin, au Japon, j’ai dansé un rôle important dans un autre ballet. Maintenant, Saburo veut que je reste dans sa compagnie pour des représentations en Europe. Il y a donc eu cette progression : observer sans rien faire, puis faire quelque chose, et enfin être un membre à part entière du groupe.

Qu'avez-vous particulièrement apprécié en tant que protégé du Programme Rolex ?

C’est vraiment une bonne chose que Rolex s’investisse autant auprès d’un jeune artiste, le poussant ainsi à travailler et à explorer. Un jeune a le temps de réaliser beaucoup de choses dans sa longue vie. Il peut apprendre beaucoup, et il n’est jamais trop tard pour enseigner aux autres.

Y a-t-il un épisode qui résume ou caractérise particulièrement bien votre relation avec votre mentor ?

Le premier jour, je lui ai demandé : « Comment fait-on une chorégraphie sur laquelle on dansera soi-même ? » Il a répondu : « Parle à l’air ! Tu peux te battre ou lutter avec l’air. Parle au mur ! Il peut être ton partenaire. Avec ce genre d’images, parler à l’air et au mur, ou nager à travers l’espace comme dans l’eau, tu peux créer quelque chose de nouveau. C’est comme travailler avec une autre personne. »

Quel a été l’enseignement ou le conseil le plus important que votre mentor vous ait donné ?

Le processus a été vraiment agréable. Saburo ne m’a pas réellement intégré tout de suite dans le groupe en me demandant de faire ceci ou cela. Il m’a enseigné les choses lentement. Il m’a donné le temps de tout observer, de tout voir. Désormais, quand j’enseignerai, ou si un jour je deviens le mentor de quelqu’un, c’est comme cela que je veux travailler.

Avez-vous appris quelque chose de votre mentor en dehors de la pratique de votre art ?

Saburo ne se concentre pas que sur la danse. Il participe aussi à des projets relevant des arts visuels – vidéos, affiches, photographie. Parfois, s’il vous voit dans une position qui rendrait vraiment bien dans une revue, il dit : « Recommence ! » et il prend une photo. Il pense au-delà de la danse. Tout ce qui est art peut être en relation avec la danse.

Pouvez-vous expliquer, en deux ou trois phrases, en quoi l’année de mentorat vous a été le plus bénéfique ?

Ce qui a été le plus utile a été ce rapport de travail individuel. Je n’avais jamais connu cela avant, même avec des maîtres de ballet qui sont restés longtemps à Adugna. Ils étaient tout le temps avec nous tous – 16 ou 18 danseurs. En travaillant seul à seul avec un mentor, on apprend beaucoup. On peut lui poser des questions quand on veut, parce qu’il est là, juste à côté. Cela a été un vrai bonheur. Je n’aurais pas pu avoir cette possibilité en Afrique – ni à New York ! Les artistes ont rarement une occasion pareille où que ce soit dans le monde. Je me sens vraiment privilégié.

Maintenant que l’année de mentorat est finie, quelle direction votre carrière artistique va-t-elle prendre ?

Je veux continuer à travailler dans la compagnie de Saburo afin d’expérimenter et d’étudier plus en profondeur ce qu’il m’a enseigné. J’aimerais continuer à me produire avec sa compagnie pour apprendre encore. Et je veux faire mienne sa méthode : prendre ce que j’ai appris de lui et d’autres professeurs et trouver ma propre voie. J’espère qu’il en sortira quelque chose de vraiment bien.

Aimeriez-vous ajouter quelques mots ?

Oui. En Afrique, nous avons beaucoup de problèmes sociaux, et les gens qui ont de l’argent ne l’utilisent pas pour soutenir les arts. Rolex fait un travail extraordinaire en aidant de jeunes artistes partout dans le monde. J’ai du mal à dire ceci, parce que c’est quelque chose que je ressens très profondément. Mais les seules personnes qui puissent apprendre aux autres ce qu’est la vie sont les artistes. Ils peuvent faire beaucoup sur cette planète. Je tiens vraiment à remercier la maison Rolex pour son magnifique programme. Si je peux, plus tard, je veux faire la même chose : aider de jeunes artistes à jouer le rôle important qui est le leur dans le monde.