Premières impressions

Entretien avec Junaid Jemal Sendi au début de son année de mentorat.

Qu’est-ce qui vous a le plus intéressé dans le Programme Rolex de mentorat artistique ?

La possibilité de côtoyer et de travailler avec quelqu’un qui possède énormément d’expérience et qui a beaucoup à vous apprendre.

Aviez-vous déjà eu un mentor auparavant ?

Je n’avais jamais eu de mentor personnel – nous étions 16 à l’Adugna Community Dance Theatre Company. Le fondateur du groupe est le chorégraphe britannique Royston Maldoom, qui a importé le concept en Éthiopie et a fait de nous tous des danseurs. Il a totalement bouleversé nos vies. Une célèbre chorégraphe sénégalaise, Germaine Acogny, m’a également beaucoup aidé. Elle m’a aidé à prendre confiance en moi et m’a démontré que je pouvais faire quelque chose. Elle continue de m’encourager fortement, ne serait-ce qu’en me montrant comment devenir chorégraphe.

Qu’espérez-vous de votre collaboration avec votre mentor ?

Ce que j’espère avant tout, c’est parvenir à chorégraphier un solo, que ce soit pour moi ou pour un autre danseur. J’aimerais aussi apprendre à m’occuper de la lumière, du décor, de tout ce qui a trait à la chorégraphie. J’ai beaucoup appris lors du premier mois que nous avons passé ensemble. Je suis sûr que je vais apprendre encore davantage tout au long de l’année. J’espère apprendre à rendre ma chorégraphie le plus claire possible. En Éthiopie, il n’y a qu’une compagnie de danse et les gens demandent souvent « qu’est-ce que la danse ? ». Je veux que l’Éthiopie puisse se distinguer par la danse. Même une distinction minime peut avoir des effets majeurs. J’aimerais partager ce que j’ai appris avec les autres membres d’Adugna et créer de nouvelles œuvres chorégraphiques qui inspireront et enrichiront ceux qui verront mon travail.

Jusqu’à présent, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre statut de protégé Rolex ?

C’est vraiment bien d’être un protégé pour un jeune artiste, d’avoir à ses côtés quelqu’un de très expérimenté qui puisse lui offrir des possibilités qu’il n’aurait jamais eues en temps normal. Lorsque l’on est avec une seule personne, on apprend bien plus que dans une troupe de 16 membres. Plus concrètement, j’ai trouvé extrêmement intéressant de travailler avec des enfants malvoyants, de pratiquer l’improvisation et de passer derrière la caméra.

Comment s’est déroulé votre entretien avec votre mentor durant la sélection ?

Je me suis immédiatement senti proche de Saburo Teshigawara. Nous avons parlé de danse en profondeur, nous nous comprenions parfaitement. Il aime le naturel et il veut que je sois moi-même. Je reste naturel et je parle sincèrement : c’est quelque chose qu’il apprécie. Avant de le rencontrer, j’avais pris beaucoup de renseignements sur lui sur Internet, et j’étais certain que travailler avec un homme comme lui serait passionnant. Je savais que, s’il me choisissait comme protégé, il m’aiderait dans tout. Je savais qu’il serait important dans ma vie. Je n’oublierai jamais le jour où je l’ai rencontré. Même lorsque les autres candidats improvisaient avec Saburo Teshigawara, ses idées ne cessaient de jaillir, alors qu’il n’arrêtait pas de changer la musique. Quand j’ai reçu ce coup de téléphone et appris que j’allais être le protégé, j’ai poussé un grand cri, je ne pouvais plus m'arrêter de parler.

Quelles ressemblances ou différences voyez-vous entre votre travail et celui de votre mentor ?

Nous avons des idées similaires sur ce qui se passe sur la scène, qu’il s’agisse de la lumière ou d’autres aspects. Saburo Teshigawara a beaucoup travaillé en solo. C’est nouveau pour moi, mais c’est ce que je veux faire. Il a énormément d’expérience, alors que je ne suis qu’au début de ma carrière internationale.

Pensez-vous que les conseils de Saburo Teshigawara vont modifier votre conception de la danse ?

Tout à fait, ne serait-ce que parce que Saburo me pousse à devenir ce que je voudrais être. Il m’encourage aussi beaucoup en me montrant que j’ai la capacité de faire davantage, d’être là où je veux être.