Après l'année de mentorat

Anani Dodji Sanouvi évoque son année en tant que protégé.

Vous sembliez perdu en arrivant dans cette école à Bruxelles. Un an après, vous êtes-vous trouvé ?

J’ignorais mon langage : je l’ai découvert ici. On ne saurait mieux dire que mon bilan est positif. Anne Teresa m’a transmis ses expériences et ses observations, une manière de bouger, quantité de choses…

Y a-t-il eu un moment clé ?

Oui, une étape de la tournée, au Luxembourg. Il s’agissait d’y présenter une soirée Steve Reich en montrant ce qu’on avait préparé à Bruxelles. Par manque de temps, le travail était resté en suspens. Là-bas, pendant une répétition, je sentais que ça bloquait pour moi. Toujours ce problème de lecture de la musique.

Vous n’aviez pas la même approche…

Mon sens musical n’est pas analytique mais instinctif. On a constaté cette différence d’approche ; lorsque j’ai proposé de chercher de mon côté, Anne Teresa m’a dit : « Non, on va faire comme moi ! » Elle ne me l’a pas imposé, mais elle m’a orienté vers sa façon. Ça m’a fait énormément plaisir. À partir de là, j’ai commencé à trouver ma propre méthode pour concilier l’inconciliable : avoir les comptes de la structure musicale dès le départ, tout en suivant ma propre lecture de la musique.

Quel est le conseil le plus important que vous ait donné Anne Teresa ?

Il y en a eu tant ! Peut-être lorsqu’elle m’a dit de créer mes propres codes et mes propres signes. À la suite de cela, je lui ai exposé comment je souhaitais travailler avec mes musiciens. Anne Teresa est quelqu’un qui parle peu : elle préfère montrer et démontrer. Après ça, on cherche, on travaille et on se dit que des choses en sortiront forcément, que l’on ne peut prévoir. Quand on est face à quelqu’un qui fait au lieu de parler, il n’y a plus qu’à ouvrir les yeux et à enregistrer.

Vous avez été mis au pied du mur…

Autant par elle que par ma situation. J’ai tout ici à Bruxelles : structure, salles, professeurs, studio, techniciens, musiciens… Alors ? Que manque-t-il quand on a tout à sa disposition ? Le travail.

Que vous a-t-elle transmis en dehors de la danse ?

La patience. Vous connaissez sa phrase clé ? « Ne t’en fais pas, on va trouver une solution… » Elle en trouve toujours une. Cette mentalité me plaît. Je sais que, vu le temps qu’elle consacre à ses enfants, celui qu’elle m’accorde est sacré. Alors j’en profite au maximum. C’est quelqu’un qui est animé en permanence d’une infinie insatisfaction. Pour elle, ce n’est jamais fini et j’aime ça.

Que vous manque-t-il désormais ?

J’ai encore besoin de temps. Je suis trop impatient. En arrivant dans cette école, je ne savais pas ce que je voulais, mais je savais ce que je cherchais. Je vais devoir maintenant digérer tout ce que j’ai appris. Ça ressortira bien après décantation. Au fond, j’ai eu la chance d’être au bon moment au bon endroit.