Sang Jijia

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Créateur de ballets

Les chorégraphies de William Forsythe reposent sur une vision du corps comme instrument de pensée. Une vision de la chorégraphie qui permet au désir de danser de s’exprimer pleinement.

William Forsythe évoque…

L'inspiration

« J’aime le mécanisme de la danse. J’aime ce que l’on ressent et j’aime comment l’on y réfléchit. »

« Je suis un danseur classique. Ma formation a été classique. Je pratique d’autres types de danse, mais elles sont toutes fondamentalement inspirées du classicisme. Ce qui est intéressant, pour moi, c’est de partir de la danse classique, d’en faire un point de départ… pour aller explorer et investir des zones inconnues. »

« Je ne veux pas savoir ce qui va se passer. Je veux être plus que surpris par les résultats. »

« J’ai toujours voulu mettre en avant la danse qui montre l’expérience qu’a le corps de lui-même – c’est une idée qui va à l’encontre du désir que j’ai, en tant que chorégraphe, d’organiser le mouvement. Faire en sorte que chaque danseur articule, chorégraphiquement, ce qu’il sait de la danse, voilà ce qui autorise une certaine coexistence entre deux éléments apparemment inconcilables. »

Les répétitions

« Nous collectons un énorme volume de documentation, à la suite de quoi nous examinons tout à la loupe. C’est une sorte de passage au crible : il ne reste plus que l’essentiel, tout le superflu est évacué. »

« J’ai toujours fait mes chorégraphies pour la personne que j’avais en face de moi. Vous ne pouvez pas travailler pour quelqu’un qui n’existe pas. Vous devez regarder la personne qui se trouve en face de vous et observer ce qu’elle fait. Je modifie constamment les ballets. Si la distribution change et si quelque chose ne fonctionne pas avec un danseur, je le change. S’ils ont du mal à se coordonner avec un élément, je le change. Il est inutile de faire souffrir les gens – à quoi bon ? »

« (pendant la chorégraphie d’un nouveau ballet)… Je prie pour ce que les bouddhistes appellent le don’t know mind. J’essaie de ne pas penser à ce que le ballet va donner. Je peux commencer avec une idée que je vais étudier pendant des années, mais quand je pénètre dans le studio, je veux pouvoir voir ce qui se trouve en face de moi. Je ne veux pas avoir une autre idée… J’essaie de concevoir des méthodologies qui sont adaptées au projet. Le projet a la même forme qu’une idée. Mais ces idées sont appelées à devenir des méthodologies, et je dois examiner les résultats. Je dois observer les danseurs. Voici, à mon sens, le principal enjeu. Il ne s’agit pas de voir ce que je veux voir, mais de voir ce qui se trouve réellement sous mes yeux. »

Les danseurs

« … le torse et les bras ont leur propre vie… les membres inférieurs ne sont plus accessorisés… le danseur est propulsé dans des extensions inconnues, avec une notion de déséquilibre que le ballet classique a traditionnellement frappée d’anathème. »

La mise en scène

« J’aime dissimuler, entourer d’incertitude ce qui se déroule sur la scène et m’engager dans ce que j’appelle la poésie de la disparition. Les gens ont toujours peur que les choses disparaissent. Mais la vie sans la mort, la lumière sans l’obscurité, tout cela serait terrifiant. L’ombre est ce qui permet l’imagination. »

La perception

« J’ai cette originalité : je ne raconte pas. J’en suis totalement incapable. Je pense qu’il me manque le gène de la narration ! Voilà pourquoi je travaille de cette manière. »

« Il y a une tendance, un désir universel de projeter la narration dans la danse. L’une des choses que je veux transmettre est que l’on n’a pas à comprendre, il suffit de regarder, et peut-être vous arrivera-t-il quelque chose sans que vous ayez à réfléchir. »

« … naturellement, je fais du théâtre, alors il y a des choses qui fonctionnent et d’autres non. On sait comment instiller une certaine dose de tension, à quel moment l’atténuer, à quel moment la faire resurgir, à quel moment susciter des attentes… Le spectateur croit que les choses vont dans un sens et, tout à coup, vous faites tout balancer dans l’autre direction. Les gens adorent ça, ils aiment y croire, aller au théâtre et en ressortir en en sachant un peu moins que ce qu’ils pensaient. »