Premières impressions
Entretien avec Edem au début de son année de mentorat
Votre première séance de travail avec Tahar Ben Jelloun a dû vous marquer. Vous en souvenez-vous précisément ?
Je l’ai retrouvé à son domicile parisien. Nous devions ensuite nous rendre à la librairie des Galeries Lafayette pour une rencontre avec le public autour de mon roman Port-Mélo. Nous avons tracé les grandes lignes de notre année en commun dans une ambiance très décontractée. J’étais assis en face de lui, entre un bureau imposant qui trahissait une réelle activité et la bibliothèque non moins impressionnante.
Sur la table, son livre de chevet Pedro Paramo de Juan Rolfo, un auteur dont nous apprécions tous les deux l’œuvre. J’ai évoqué mes influences, il a mentionné Ulysse de Joyce, Le Tunnel de Sabato... « Pour écrire, il faut avoir lu ! » a-t-il lancé alors. J’avais lu, certes. Mais dans l’instant, j’ai songé à tout ce qui me restait à découvrir de la littérature. Il m’a ensuite offert un exemplaire dédicacé de son premier roman Partir.
Un signe, au fond. Vous imaginiez-vous « parti » avec lui pour un an ?
Au lycée, j’avais fait un bout de chemin avec les personnages de La Prière de l’absent, le premier de ses livres que j’aie lu. Mais je n’avais jamais imaginé « partir » un jour pour une année d’écriture avec lui. C’est tout bête mais ensuite, lorsque nous avons pris le bus pour nous rendre aux Galeries Lafayette, j’ai trouvé cela simple et beau, comme si nous l’avions toujours fait.
Vous a-t-il fait des commentaires sur votre travail ?
Beaucoup ! Et d’abord sur ce qu’une œuvre littéraire doit apporter par rapport à celles qui l’ont précédée, en surprenant le lecteur. Il m’a poussé à chercher le mot, la forme juste, celle qui s’écarte du parler commun en épousant les contours précis de ce qu’on veut exprimer, décrire…
Quels sont vos objectifs pour cette année de mentorat ?
Apprendre, justement ! Écrire, c’est raconter une histoire, enfin, tenter d’en raconter une ou s’interroger sur le possible d’une aventure humaine, avec le monde, les autres, les mots. Mais il s’agit aussi de construire un univers. L’expérience de Tahar peut m’être très utile, lui qui a déjà construit tant d’univers et de personnages.
Comment communiquez-vous avec votre mentor ?
Pour l’essentiel, notre travail s’organise autour d’une logique de l’échange. Échange de textes (les extraits du livre que je suis en train d’écrire), de commentaires (ceux de Tahar sur les extraits justement), de conceptions. Nos visions de l’écriture. Nous communiquons par téléphone et messages électroniques, mais aussi lors de rencontres.
Vous avez tous deux connu l’exil : quel rôle cela joue-t-il dans votre échange ?
Nous n’avons pas encore évoqué cette expérience-là, preuve que ce n’est peut-être pas si important. On a parlé de l’exil dans le texte, avec Orphée, Ulysse…
Quelle influence cette expérience a-t-elle sur votre écriture ?
Une influence certaine sur le plan de l’organisation, ce qui est déjà beaucoup. Je veux parler de mon rythme de travail. Je m’efforce d’écrire de manière plus constante, soutenue. Pour le reste, je pourrai être plus objectif plus tard... Rendez-vous à l’heure du bilan si vous le voulez bien !