Une découverte mutuelle

Si on avait dit à Tahar Ben Jelloun qu’un jour il tiendrait le rôle d’un mentor, il aurait éclaté de rire. Et si on avait prédit à Edem Awumey qu’un jour il jouirait du statut de protégé, il se serait gratté la tête. Aujourd’hui, leur association leur paraît si naturelle qu’ils n’en parlent même plus. Ils la vivent, voilà tout.

Au début, ils se sont flairés. Autant dire qu’ils se sont lus. Juste pour voir. Puis ils se sont écoutés l’un et l’autre attentivement. Se sont tourné autour pour voir jusqu’où ils pouvaient aller trop loin, l’un dans la formulation de la critique, l’autre dans l’encaissement de la critique.

Edem a commencé à envoyer à Ben Jelloun les premières pages de son travail en cours, ébauche de tapuscrit appelé à devenir un work in progress avant d’accéder au statut définitif de livre ; et le lauréat du Goncourt 1987 lui a envoyé ses commentaires. L’un était à Gatineau, province du Québec, l’autre à Paris, à Tanger, et là où les traductions de ses romans le portaient. Ils vivaient l’embryon d’une e-collaboration. Puis ils se sont naturellement rapprochés. Alors, les choses sérieuses ont commencé.