Anani Dodji Sanouvi

Protégé Danse 2006/2007

Entretien avec Anani Dodji Sanouvi au début de son année de mentorat

Comment s’est passée la première rencontre avec Anne Teresa?

Le premier jour a été difficile. Anne Teresa m’a demandé de faire beaucoup de choses, mais a trouvé ma façon de danser particulière. Donc ce premier contact m’a paru… intéressant ! Je ne m’attendais pas à ce que ça « colle » tout de suite.

Elle m’a proposé une phase de danse de quelqu’un d’ici en me laissant toute liberté pour l’interpréter à ma façon. Elle avait choisi une musique du compositeur américain Steve Reich et m’a entraîné dans un studio pour l’écouter. Or, certains morceaux de Steve Reich sont influencés notamment par les rythmes et percussions traditionnels des Evé, un peuple d’Afrique de l’Ouest que l’on trouve au Bénin, au Ghana, au Togo et qui est… le mien ! Incroyable, non ?

Comment vous en êtes-vous sorti ?

J’ai commencé par beaucoup regarder, par observer des danseurs de la compagnie, les questionner. Je cherchais confusément une manière commune de travailler avec les musiciens. Peu à peu les choses se sont mises en place, toutes seules. Anne Teresa a su trouver les mots pour me dire : cherche toi-même, trouve toi-même des mots, des tâches, des règles, pour les danseurs et pour les musiciens.

Et maintenant ?

Maintenant, ça va. Il me faut encore du temps pour mieux la connaître. C’est une belle personnalité, exigeante dans le travail. J’ai appris à la regarder autrement en l’observant danser seule, à Londres. Elle écrit ses chorégraphies sur la structure de la musique, du rythme, pas sur le son du rythme. Elle maîtrise merveilleusement l’espace, disons même qu’elle « deale » avec lui. Cette découverte m’a touché. Je me suis même dit : au fond, je ne me suis pas trompé dans mon choix, même si… c’est elle qui m’a choisi ! Mais désormais, je la vois toujours sous la double facette de danseuse et chorégraphe.

À quoi ressemble l’une de vos journées ordinaires à Bruxelles ?

Je suis à Rosas de 9h à 11h pour le cours de la chorégraphe américaine Chrysa Parkinson. Puis je répète des morceaux tels que Rain et Drumming sur une musique de Steve Reich. L’après-midi à Parts, je participe à un atelier de technique d’improvisation développée par William Forsythe. Si je retire une seule chose de chaque séance, cela suffit à mon bonheur.

Et le plus grand défi que vous vous donnez à vous-même pour cette année de mentorat ?

Réussir ce fameux dialogue entre le danseur et le musicien. Avec l’aide d’Anne Teresa, j’arriverai à vaincre le travail de l’espace. J’aimerais tant pouvoir explorer davantage les risques que des musiciens peuvent prendre avec moi dans l’improvisation. Expérimenter sans rien fixer à l’avance. Les musiciens africains avec qui j’ai travaillé disent que les rythmes existent avec nous et refusent parfois de les jouer différemment. Il faut que je trouve ces termes, ces codes, ces règles que m’a suggérés Anne.

Au fond, qu’est ce qui vous rapproche d’Anne Teresa ?

Le silence intérieur, je pense que nous avons cet élément en commun. Je l’ai compris en la voyant évoluer seule sur scène. Ce silence-là, c’est une énergie qu’on a en soi, très forte et très douce à la fois, qu’on danse et qu’on joue à la musique. Je l’ai vu en elle. Je suis à la bonne place au bon moment et cela n’a pas de prix.