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Citations choisies des mentors et protégés 2002-2007
Danse
Anne Teresa De Keersmaeker
Mentor 2006/2007 du danseur et chorégraphe togolais Anani Dodji Sanouvi
« [Le Programme de mentorat] permet un travail en profondeur sur une période plus longue, sans l’obligation de déboucher sur un produit. C’est une initiative généreuse, quelque chose d’exceptionnel parce que cela crée les conditions pour qu’une relation se noue entre deux artistes. Franchement, une telle occasion ne se présente pas tous les jours. »
Anani Dodji Sanouvi
« Le silence intérieur : je pense que nous avons cet élément en commun. Je l’ai compris en la voyant évoluer seule sur scène. Ce silence-là, c’est une énergie qu’on a en soi, très forte et très douce à la fois, qu’on danse et qu’on joue à la musique. Je l’ai vu en elle. Je suis au bon endroit au bon moment, et cela n’a pas de prix. »
LITTÉRATURE
Tahar Ben Jelloun
Mentor 2006/2007 du romancier togolais Edem
« Nous avons eu plusieurs méthodes de travail jusqu’à présent. La première, c’est que, forcément, quand on ne se voit pas, on communique par emails. Il m’envoie un chapitre. Je le lis. Je lui dis ce que j’en pense. Mais je préfère l’autre méthode que nous utilisons depuis que nous sommes à Tanger : nous parlons, nous discutons, mais pas forcément de son livre. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’être un correcteur ou un professeur, mais d’être quelqu’un qui accompagne un écrivain en train d’écrire. »
Edem
« C’est une chance extraordinaire d’avoir pu rencontrer un écrivain. Évidemment, je connaissais un peu l’œuvre [de Tahar Ben Jelloun] mais rencontrer un écrivain en chair et en os, j’allais dire dans sa ‘réalité vraie’… Une très, très grande chance. »
Mario Vargas Llosa
Mentor 2004/2005 du romancier colombien Antonio García Ángel
« Mon objectif n’est pas de convaincre Antonio qu’il n’y a qu’une seule façon d’écrire des romans. Surtout pas. Je pense qu’il y a autant de moyens de le faire qu’il y a d’écrivains, et ce qui compte, c’est qu’il trouve sa propre voie, la manière dont il pourra exploiter ses propres capacités. Je pense que c’est la meilleure aide que je puisse lui apporter. »
Antonio García Ángel
« Pour moi c’est un libérateur, au sens littéraire. Je me souviens qu’il m’a dit une fois : ‘En littérature, il n’y a pas de sujet qu’on ne puisse pas traiter. Tous les sujets valent la peine, on peut écrire sur ce que l’on veut, à une condition : toujours écrire bien.’ Ce type de déclaration de principe me donne vraiment confiance, parce que cela ne bride pas la création. »
Toni Morrison
Mentor 2002/2003 de la romancière australienne Julia Leigh
« Ce qui nous intéresse, c’est le processus par lequel l’œuvre d’art voit le jour. Pas le résultat, pour l’instant, mais l’acte, le processus, comment on en vient à penser à ces choses, et avec qui, et comment on finit par faire confiance à certaines parties de sa propre imagination. »
Julia Leigh
« C’est infiniment précieux d’avoir Toni là juste comme soutien, simplement pour lire ce que j’écris. Je sais qu’elle a été extrêmement généreuse, parce que rien ne l’obligeait à le faire – donc c’est réellement quelque chose d’inestimable. Et puis il y a aussi ce que cette bourse m’a apporté, c’est-à-dire du temps… »
Cinéma
Stephen Frears
Mentor 2006/2007 du réalisateur péruvien Josué Méndez
« J’enseigne souvent à l’École nationale du cinéma en Angleterre (...) On se trouve face à des gens qui, en fait, ne savent rien. Et ça vous oblige à être très clair. Mais surtout, les jeunes vous apprennent beaucoup, ils vous maintiennent en vie, dans le meilleur sens du terme. Je me demande toujours si je leur apporte autant qu’ils m’apportent. »
Josué Méndez
« C’est un rêve. Comment aurais-je pu imaginer travailler un jour avec Stephen Frears, juste lui et moi ? Ce genre de chose n’arrive pas, et sans Rolex, cela n’arriverait jamais. C’est tout simplement impossible pour un Péruvien de travailler avec Frears. Donc, avec Rolex, l’impossible devient possible ! »
Mira Nair
Mentor 2004/2005 du réalisateur thaïlandais Aditya Assarat
« Pour que cette relation mentor-protégé s’instaure, il doit y avoir un dialogue. Je ne peux pas simplement donner. Mais j’ai perçu dans le travail d’Aditya quelque chose dont je pouvais tirer un enseignement (...). Il a ce talent de savoir cadrer. Il sait vraiment ce que c’est qu’un sujet, quelle histoire il faut raconter. »
Aditya Assarat
« Je me suis aperçu que ce qu’elle [Mira Nair] fait n’est pas si différent de mon propre travail. La réalisation d’un film, c’est la même chose partout dans le monde. C’est une course contre la montre, et tous les réalisateurs travaillent sous pression et font des erreurs. Cela m’a donné confiance, l’assurance que je peux faire ce qu’elle fait. »
Musique
Pinchas Zukerman
Mentor 2006-2007 de l’altiste David Carpenter, des États-Unis
« Il y a des degrés dans le talent, mais un David Carpenter, c’est quelque chose d’unique. Je ne sais pas où sont ses limites ; il peut aller très loin. La question est de savoir jusqu’où il peut aller. À mon avis... (il pointe vers le ciel). Et j’espère être à la hauteur, c’est tout. »
David Aaron Carpenter
« Je voudrais mettre en valeur la capacité extraordinaire de l’alto à émouvoir et à communiquer, à un niveau plus élevé que la virtuosité technique. C’est un instrument qui offre énormément de qualités encore peu explorées. Avec le ‘son Zukerman’ et sa vision de l’alto, j’ai énormément de choses à apprendre. »
Jessye Norman
Mentor 2004/2005 de la chanteuse canadienne Susan Platts
« Ce que j’aimerais arriver à faire avec Susan, c’est la persuader que cette voix incroyable qu’elle porte en elle peut s’épanouir librement, qu’elle peut absolument sortir d’elle dans toute la liberté qu’elle ressent tout naturellement face au texte. L’une des raisons pour lesquelles nous avons si magnifiquement travaillé ensemble ces derniers mois, c’est que nous sommes toutes les deux très intéressées par ce que nous avons vraiment à dire. »
Susan Platts
« Ce qui est merveilleux, c’est de savoir que si je lui envoyais maintenant un email, elle me répondrait probablement dans les deux heures. Et s’il s’agit de quelque chose de particulier, surtout d’un message désespéré du genre ‘Au secours, j’ai vraiment besoin de votre aide’, elle m’appelle et nous en parlons. De temps en temps, je dois me pincer en me disant : je suis en train de parler avec Jessye Norman ! »
Sir Colin Davis
Mentor 2002/2003 du chef d’orchestre espagnol Josep Caballé-Domenech
« La musique est une chose si particulière parce qu’elle se déroule dans le temps ; elle a un début, un milieu et une fin, et c’est un peu comme une image de votre vie. On commence, et vers la fin la mort vous pose la main sur l’épaule et vous dit : ‘C’est l’heure’, et le morceau s’achève. Si vous voyez les choses sous cet angle, chaque fois que vous jouez un morceau, c’est aussi votre vie qui est en jeu. »
Josep Caballé-Domenech
« Il y a des choses qu’on apprend au moment même, et puis des choses qu’on garde quelque part dans sa tête, et un beau jour – deux, trois, cinq, dix ou quinze ans plus tard – tout à coup, tout s’éclaire : ah, c’est donc ça, ce qu’il [le mentor] faisait. On ne sait jamais à l’avance... »
arts visuels
John Baldessari
Mentor 2006/2007 de l’artiste uruguayen Alejandro Cesarco
« J’ai toujours pensé que dans l’enseignement, on a réussi quand on a établi le contact et qu’on voit l’étincelle surgir dans leur regard, vous voyez ce que je veux dire ? On essaie tout jusqu’à ce que le moment arrive où on voit qu’ils ont compris ce qu’on voulait dire. Donc, une bonne méthode, si les deux prétendent être des artistes, c’est de travailler ensemble à quelque chose, parce qu’alors on communique plus ou moins comme ça. »
« L’idée d’avoir un seul étudiant m’a beaucoup plu, parce que je crois que la situation pédagogique parfaite, comme l’a dit un jour un écrivain – c’est une phrase que je n’ai jamais oubliée : ‘L’idéal pour enseigner, c’est un maître assis face à un élève, et c’est tout’. »
Alejandro Cesarco
« Lors de nos premières rencontres, nous avons simplement fait connaissance en tant que personnes, on se posait des questions – qu’est-ce que tu penses de ceci, qu’est-ce que tu penses de cela ? Je lui ai montré des choses que je faisais, et il donnait son avis. Ensuite, tout naturellement, nous avons compris que ce qui donnerait les meilleurs résultats serait sans doute juste de travailler ensemble, de collaborer sur un projet. »
David Hockney
Mentor 2004/2005 du peintre allemand Matthias Weischer
« J’ai rencontré Matthias et on s’est bien entendus. Il m’a plu, mes blagues le faisaient rire – mais j’ai perçu son intérêt, et il a dit qu’il avait vu mes tableaux et qu’il connaissait mes intérêts ; je m’intéresse à l’espace pictural, bien sûr, et aussi à la perspective. Voilà comment ça s’est passé. Mais bon, j’ai dit quand l’année se terminera, ça ne fait rien, en somme je me serai fait un nouvel ami, un jeune peintre. Ça ne s’arrêtera pas à la fin de l’année. »
« Vous savez, les choses pratiques sont faciles à enseigner, et d’une certaine manière on peut enseigner la technique, mais on ne peut pas enseigner la poésie, n’est-ce pas ? J’ai l’impression qu’on a cessé d’enseigner la technique et qu’on veut enseigner la poésie, mais je ne crois pas que ça puisse marcher. »
Matthias Weischer
« David m’a toujours dit que la peinture, c’était une affaire de vieux... Je pense qu’il faut cinquante, disons quarante ans, pour vraiment entrer dedans. Je trouve que c’est un point de vue intéressant. »
Art dramatique
Julie Taymor
Mentor 2006/2007 de la metteuse en scène britannique Selina Cartmell
« Je pense que si l’on est vraiment sûr de sa propre conception des choses – ce qui ne signifie pas que d’autres ne puissent pas vous influencer, vous inspirer, vous donner des indications, ou faire ce que Selina est en train de faire en ce moment –, il faut simplement s’accrocher à ce que l’on a en tête tout en sachant recevoir les messages, les suggestions, l’aide, qu’ils soient utiles ou non. Mais toujours rester axé sur ce qu’on aime. Où est le positif, où veut-on arriver, où peut-on lâcher prise sans compromettre son objectif ? »
Selina Cartmell
« Julie est venue à Dublin voir Festen, que j’avais monté pour le Festival de théâtre au Gate Theatre. Après le spectacle, nous avons parlé – jusqu’où peut-on pousser la forme, comment continuer à prendre des risques. J’ai senti que Julie comprenait ma façon de travailler, et elle a fait des remarques très intéressantes sur le rôle de l’ensemble de la distribution dans cette production. Une des choses les plus importantes qu’elle m’a données, c’est la force de ne pas me laisser enfermer dans une catégorie, et de me sentir libre d’utiliser divers moyens artistiques pour exprimer ma vision. »
Sir Peter Hall
Mentor 2004/2005 de la dramaturge et metteuse en scène sud-africaine Lara Foot Newton
« Lara n’en était pas à ses débuts, elle avait déjà fait des tas de choses. Ce qu’il lui fallait, c’était un genre de confirmation, acquérir une réelle assurance. J’espère y avoir un peu contribué. En tout cas, pour ma propre confiance en moi, elle m’a aidé c’est sûr… De toute façon, je suis farouchement contre le principe des ‘master classes’ et des ‘maîtres’, comme si, du haut de notre grandeur, nous étions chargés de dispenser un savoir. Tout ce qu’on peut faire, je crois, c’est leur dire : ‘Faites ce que vous voulez, réalisez vos obsessions, soyez courageux. Ne faites pas ce que je fais. Moi, c’est moi ; vous, c’est vous’. »
Lara Foot Newton
« J’ai toujours pensé qu’on apprend davantage de la personne elle-même que de ses compétences. Alors, même si chaque jour que je passe avec lui, je profite de son énorme bagage, de son expérience, de sa technique, et de sa manière d’analyser un texte et de l’utiliser, je crois qu’en définitive c’est de lui en tant qu’homme que j’apprendrai quelque chose, du genre d’homme qu’il est, et de la manière dont cela me touchera en tant qu’être humain. Je crois d’ailleurs que tous les grands mentors et artistes sont comme ça, qu’ils transmettent quelque chose qui n’est pas quantifiable. »