The Rolex Mentor and Protégé Arts Initiative

Protégé Federico León

« C’est l’accumulation d’impressions qui a
été gratifiante. À un certain moment, j’ai
commencé à comprendre. Et puis, un beau
jour, la lumière s’est faite. »

2002/2003

Artistic Shantytown

La pièce de Federico León, The Buenos Aires Shantytown Project, a été jouée pour la première fois au Théâtre Hebbel de Berlin le 2 juin 2005.

Première expérience d’installation pour Federico León – fruit de sa collaboration avec son mentor Robert Wilson –, cette œuvre est construite autour de son nouveau documentaire, qui décrit l’activité artistique dans un bidonville de Buenos Aires. La projection du film est accompagnée d’une exposition de photos et d’une installation vidéo.

À cette occasion, Federico León a présenté la version anglaise de son livre, intitulée Registers: Collected Plays & Other Writings.

Le film

Le documentaire présente un groupe de personnes issues des classes défavorisées de la société argentine, qui trouvent une solution artistique à leurs difficultés économiques. En offrant leurs services de comédiens amateurs ainsi que leur environnement comme lieu de tournage pour le cinéma ou la télévision, ces personnes démontrent qu’il est possible de faire de l’art dans des conditions traditionnellement considérées comme culturellement stériles. Le film soulève de nombreuses questions, parmi lesquelles la représentation des pauvres dans les médias, la relation entre l’art et la pauvreté et la frontière entre fiction et réalité.

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Vidéo et exposition de photos

Federico León a eu l’idée de cette installation alors qu’il visitait le Watermill Center de Long Island, aux États-Unis, un atelier multidisciplinaire dédié aux jeunes artistes et fondé par son propre mentor, Robert Wilson. Avant et après la projection de son documentaire, León a entouré le public de photos représentant les gens de ces quartiers et décrivant leur mode de vie. Les spectateurs pouvaient ainsi découvrir une galerie de portraits et, simultanément, regarder une vidéo expliquant comment construire en temps réel un abri.

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Le livre

Registers: Collected Play & Other Writings est un recueil de différents ouvrages de Federico León : des pièces de théâtre, un scénario et des extraits d’interviews et d’articles sur ses travaux. Ce recueil est la preuve que, en moins de dix ans, Federico León a apporté une contribution essentielle et durable au théâtre et au cinéma argentin.

Extrait 1 (interview)

Il est important que les pièces de théâtre trouvent leur propre forme de manière organique. Les processus impliqués sont de longue haleine et largement imprévisibles. Tout doit être ouvert à la modification ; tout doit être passé au filtre de la vérification, exactement comme ce qui se passe sur scène entre comédiens et metteurs en scène pendant les répétitions. De la même façon, je progresse sans rien savoir de ma destination finale lorsque je répète. À la fin d’un spectacle, le public ne retient pas le rationnel qu’il a vu. La réception se fait selon le même processus que la formation théâtrale ou le déroulement d’une pièce – par accumulation – et tout à coup, à un moment donné, ça fait tilt, les choses se mettent en place – sans ordre, de manière chaotique, sensorielle, intuitive.

Le comédien se forme au contact du regard qui se pose sur lui. Il y a un corpus intuitif qui absorbe et développe une certaine forme d’intelligence. Le comédien apprend à réagir à tout ce qui circule sur la scène et à l’analyser : son interaction avec les autres comédiens, la perception du public, les signaux spatiaux ou visuels à négocier.

Il n’est pas question de performance individuelle, d’apprendre à un comédien à capter le public. C’est une énergie de groupe. Il faut être capable de se laisser influencer par l’énergie, se mettre d’accord avec elle, parce que chaque prestation est différente. Le public est à chaque fois différent - et les comédiens le sont tout autant.

Extrait 2 / Country Smack (pièce de théâtre)

LA FILLE
Je veux bien rester éveillée encore un peu si...

LA MÈRE
D’accord. (Pause.)

LA FILLE
Je réfléchissais. (Pause.) J’aimerais bien avoir mon magnétophone.

LA MÈRE
Quoi ? Ça sous-entend toute une batterie de jeux. Tu ne peux pas t’amuser, ici. Regarde. (La mère montre La Campagne.)

LA FILLE
Oui, mais mes cassettes, mon poster sur le mur, les décorations, l’oreiller, mon coussin, mon… petit confort.

LA MÈRE
J’ai emballé les jouets, tu saisis ? Il n’y a plus de jouets. (Pause.) Ces jouets se démodent et ne font qu’encombrer les placards. Ils doivent être en route pour la province, maintenant. On ne pouvait pas tout emporter.

LA CAMPAGNE
Elle ne peut pas vouloir son confort, elle est à la campagne. (Pause.) Elle doit comprendre ça, m’dame.

LA MÈRE
Naturellement ! La Campagne, le confort matériel. Tu vas devoir t’habituer à jouer avec des choses simples, ici. Tu ne trouves rien pour t’amuser et, pourtant, il y a bien dix jeux à faire au moins. Tiens, je vais t’en signaler cinq : tu sautilles jusqu’à ce que tu te sentes fatiguée, physiquement fatiguée, alors tu t’écroules et tu t’endors… Hum… (Silence. Elle réfléchit.) Il n’y en a pas d’autres ? Il doit y avoir d’autres choses avec lesquelles jouer !

LA CAMPAGNE
Un roulement à billes peut prendre des formes indescriptibles quand on le manipule. Tu peux t’amuser comme une folle.

LA FILLE
Où est-ce que je peux en trouver un ?

LA MÈRE
C’est juste un exemple.

LA FILLE
Je veux un roulement à billes. Où est-ce que je peux en trouver un ?

LA CAMPAGNE
Oublie ça, petite.

LA MÈRE
Tu peux fabriquer des petites poupées. Des poupées de chiffon. Voilà. Va donc prendre un peu de filasse ; c’est une… matière… mystérieuse…

LA FILLE
Mais maman.

Extrait 3 / Fifteen Hundred Feet Above Jack’s Level (pièce de théâtre)

LA MÈRE
Alors ?

GASTÓN
Je n’ai rien pu voir. Je n’ai pas trouvé l’interrupteur.

LA MÈRE
Tu ne sers à rien, je t’avais dit de prendre la lampe de poche.

GASTÓN
J’avais peur qu’ils le remarquent, maman.

LA MÈRE
Tout le monde le fait. Nous devons être les seuls à ne pas avoir le câble ici. Demain soir, tu montes sur le toit, quand personne ne te verra, et tu branches l’antenne. On a combien de chaînes ?

GASTÓN
Quatre. Cinq, mais il y en a une qu’on ne capte pas.

LA MÈRE
Ça sera la bonne, ça ne peut être que celle-ci. Je veux le voir, même si c’est une rediffusion. (Pause.) Va voir et regarde si ça marche.

Silence, la mère regarde la télévision.

LA MÈRE
On peut regarder cinq minutes avant que l’image s’embue. Il y a de l’eau dans ce poste, c’est lui qui me l’a donné…

Extrait 4 / IT ALL TOGETHER (pièce de théâtre)

(Long silence.)

J’ai réfléchi. J’en ai parlé à ma mère. Maintenant, je peux t’en parler. Rappelle-moi. 4854 0798. (Elle raccroche. Le téléphone sonne. J répond.)

Qu’est-ce qui t’a pris ? Viens. Je ne suis pas d’accord. Je vais appeler Ana Laura. Je m’en souviens. (Elle raccroche et recompose un numéro.)

Salut, Ana, je suis dans un bar. Je t’appelle d’un téléphone public. Le numéro est le 4854 0798. (Elle raccroche.)

3.INT.CHAMBRE.NUIT.

Un téléviseur montre l’image fixe de F qui, tout sourire, est félicité dans la vidéo de la première scène. Le reflet de la chambre est visible sur le téléviseur. Bruit d’une porte qui se ferme. La vidéo se remet en marche. F ouvre le cochon. F est étendu sur le dos, dans l’herbe. Des images champêtres, des arbres, des animaux.

4.INT.BAR.NUIT.

(F entre, se dirige vers une table et s’assied. F et J sont assis en silence. F se dirige vers le téléphone et compose un numéro.)

F
Salut. On va bien, papa. Je ne sais pas si elle mange. Elle a commandé un café. J’en ai assez. Ne viens pas. J’en ai assez. Va te coucher. (F tend le combiné à J.)

J
Salut. Je vais bien, Rubén. Oui. Je réfléchis. Sérieusement. (Long silence.)

Ok. (J rend le combiné à F.)

F
J’en ai assez. Sur le réfrigérateur ? D’accord. Tu voulais lui parler. Ne la réveille pas. D’accord. (Silence.)

Bonjour. On va bien, maman. On va parler. Elle a commandé un café. Oui. Au revoir. Juste moi. Non. Ne l’appelle pas. N’appelle pas. Allez vous coucher, tous les deux, je vais lui demander si elle veut manger quelque chose. (Il raccroche. Long silence. Il retourne vers la table et s’assied. Silence.)

Tu veux manger quelque chose ? (Le téléphone sonne. Il répond.)

Maman. Comment vas-tu ? J’ai appelé Ana Laura, mais elle n’est pas là. Ils vous ont réveillés ? Rubén t’a appelée ? Je vous aime beaucoup aussi. Oui. Je reste là, nous allons parler. Je ne sais pas.