Biographie
Publiée en 2003
Rares sont les disciplines artistiques dans lesquelles Robert Wilson n’a pas rencontré le succès. Metteur en scène de théâtre et d’opéra, dramaturge, acteur, sculpteur, peintre et designer, c’est un innovateur et un iconoclaste qui laisse sa marque distinctive sur toutes ses œuvres. L’écrivaine Susan Sontag dit de son impressionnante production : « Je ne connais aucun autre ensemble d’œuvres qui soit aussi vaste ou ait un tel impact. »
Ce Texan de 62 ans a fait ses études à l’Université du Texas puis au Pratt Institute, célèbre école d’art de Brooklyn. Il a ensuite étudié la peinture avec George McNeil à Paris et l’architecture avec Paolo Solari en Arizona. Au milieu des années 60, il s’installe à New York où il est influencé par des chorégraphes aussi novateurs que George Balanchine, Merce Cunningham et Martha Graham. Il s’inspire également de l’œuvre de l’auteur Gertrude Stein et, aussi étrange que cela puisse paraître, du comédien Jack Benny, auquel il attribue son sens du rythme.
En 1968, Robert Wilson fonde la Byrd Hoffman School of Byrds, compagnie de théâtre expérimental nommée d’après Bird Hoffman, maître de danse texan qui l’a encouragé et aidé à se débarasser de son bégaiement à l’âge de 17 ans. Les talents de mentor de Robert Wilson lui-même s’affûtent dans son studio de New York, où il accueille de jeunes artistes tant pour la formation que pour l’échange d’idées. Pendant cette période, il trouve aussi le temps d’enseigner à des enfants handicapés. Parmi ses protégés figure un jeune prodige sourd-muet, Raymond Andrews, qu’il adopte. La relation symbiotique qui les unit engendre l’« opéra silencieux » Le Regard du Sourd en 1970, ainsi que d’autres œuvres théâtrales.
Depuis, Robert Wilson, salué comme « une personnalité imposante du monde du théâtre expérimental et un explorateur de l’usage du temps et de l’espace sur scène », utilise des décors et éclairages insolites pour créer des productions anticonformistes, souvent surréalistes, juxtaposant les effets inattendus et faisant fi des contraintes temporelles.
Parmi ses nombreuses œuvres saluées à travers le monde figurent The Life and Times of Sigmund Freud (1969), la pièce KA MOUNTAIN AND GUARDenia TERRACE (1972), qui dure une semaine, et l’opéra phare Einstein on the Beach (1976), créé avec le compositeur Philip Glass. En 1986, Robert Wilson a été le seul nominé au Prix Pulitzer d’art dramatique pour son ambitieuse épopée internationale de 1983, The CIVIL warS : a tree is best measured when it is down.
De nombreux prix consacrent ses talents de dramaturge d’avant-garde, mais aussi d’artiste plasticien dont les meubles à édition limitée et autres œuvres sont exposés dans des musées et galeries du monde entier. Parmi ces distinctions, un Obie Award pour la mise en scène (1986), le Lion of the Performing Arts de la Bibliothèque publique de New York (1989), le Lion d’or de la sculpture de la Biennale de Venise (1993), le Prix Dorothy et Lillian Gish (1996), le National Design Award for Lifetime Achievement de l’Institut Smithsonian (2001) et les insignes de Commandeur des Arts et des Lettres (2002). Les fondations Rockefeller et Guggenheim ont chacune attribué deux bourses à Robert Wilson, qui a en outre été élu à l’American Academy of Arts and Letters en 2000.
Ces dix dernières années, parallèlement à ses réalisations novatrices, Robert Wilson s’est consacré à développer à Long Island le Watermill Center, laboratoire artistique pluridisciplinaire et international. Cet atelier de création permet à de jeunes artistes de s’épanouir dans l’interaction, vivant et travaillant ensemble sous la conduite de professionnels connus.
Robert Wilson définit ainsi sa philosophie : « Nous, les artistes, sommes là pour poser la question QU’EST-CE ? et non pour dire CE QUE C’EST – car si on sait ce qu’on fait, inutile de le faire. »