Sahel Al-Hiyari

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Biographie

Publiée en 2003

« L’architecture d’Álvaro Siza réjouit les sens et élève l’esprit. Chaque ligne, chaque courbe est posée avec autant de sûreté que de talent », déclarait en 1992 le jury du Prix Pritzker, en attribuant à l’architecte le plus célèbre du Portugal ce prix convoité par tous. Pendant plus de quarante ans, Álvaro Joaquim Melo Siza Vieira a gagné le respect de ses pairs à travers le monde pour une œuvre qui reflète « l’esprit héroïque de l’architecture moderne ».

Si elle trouve son fondement dans le modernisme, l’architecture de Siza échappe à toute classification. Ce créateur de 69 ans ne recourt jamais à un style déterminé, il ne cesse d’expérimenter d’un projet à l’autre. « Chaque dessin tente, avec rigueur, de saisir dans toutes ses nuances un moment concret d’une image fugace », explique Siza, dont la vision esthétique a été influencée par les traditions et les richesses naturelles de son pays.

Dans sa jeunesse, passée dans sa ville natale de Matosinhos près de Porto, un port maritime historique du nord du Portugal, Álvaro Siza, dont les dons artistiques étaient déjà apparents, hésitait entre la sculpture et l’architecture. Ce sont les extraordinaires réalisations de l’Espagnol Antonio Gaudí à Barcelone qui feront pencher la balance. Il achève son premier projet en 1954 alors qu’il est encore étudiant à l’École d’architecture de l’Université de Porto. Le projet – quatre habitations à Matosinhos – préfigure un intérêt pour les logements sociaux qui ne se démentira plus. Son diplôme en poche, Siza entre dans l’atelier de l’architecte Fernando Távora, qui exerce une profonde influence sur son art et ses futures méthodes de travail.

Il ouvre son propre bureau en 1958, année où il entreprend l'une de ses œuvres les plus célèbres, le salon de thé-restaurant de Boa Nova, juché sur des formations rocheuses de la côte nord du Portugal. Au cours des années suivantes, il réalise des projets qui lui vaudront une reconnaissance internationale, tels que la piscine de Leça da Palmeira (1961-1966), les logements du quartier de Malagueira à
Évora (1977-), la banque Borges & Irmão à Vila do Conde (1978-1986), le complexe résidentiel « Bonjour Tristesse » de Schlesisches Tor, dans le quartier de Kreuzberg à Berlin (1980-1984), la reconstruction du quartier du Chiado à Lisbonne (1988-), le Musée d’art contemporain de Galice à Saint-Jacques-de-Compostelle (1988-1993), le pavillon du Portugal à l’Expo 98 de Lisbonne (1995-1998) et le Musée de Serralves à Porto (1999).

Depuis le milieu des années 70 et l’accession du Portugal à la démocratie, l’œuvre de Siza est devenue un symbole de la renaissance et du progrès de son pays, et a valu à son auteur des médailles et distinctions de diverses organisations à travers le monde. Pendant la seule année 1988, il a remporté quatre grands prix : le Prince of Wales Prize in Urban Design de la Harvard Graduate School of Design, le Prix de l’Union européenne pour l’architecture, le Prix Mies van der Rohe et la Médaille d’or de la Fondation Alvar Aalto. Dix ans plus tard, l’Association japonaise des arts lui décernait le Praemium Imperiale d’architecture.

Siza, très désireux de débattre de ses théories avec ses confrères, a durant la majeure partie de sa carrière mené de front pratique et enseignement. Il est aujourd’hui professeur à l’École d’architecture de Porto, son alma mater, et professeur invité dans nombre des plus grandes écoles d’architecture du monde. Véritable globe-trotter, il est souvent convié à donner des conférences dans le cadre d’expositions, de congrès et de séminaires internationaux, ainsi qu’à faire partie de jurys d’architecture dans toute l’Europe.

Pour lui, l’évolution des matériaux et des techniques n’a rien changé à l’essence de l’architecture au fil des générations. Sa mission : inspirer la relève tout en transmettant cet héritage. « À nous de poursuivre, de notre mieux, la tâche qui consiste à construire la Beauté », dit-il.