Premières impressions
Entretien avec Matthias Weischer au début de son année de mentorat
Qu’est-ce qui vous a le plus intéressé dans le Programme Rolex de mentorat artistique ?
La possibilité exceptionnelle de travailler avec quelqu’un comme David Hockney. Je sais qu’il n’a jamais eu d’étudiants, c’est d’autant plus excitant d’entamer une relation de mentor-protégé avec lui. Ce mentorat constitue une nouvelle expérience pour nous deux, et j’ai vraiment hâte de commencer.
Aviez-vous déjà eu un mentor auparavant ?
J’ai eu un professeur, à l’école d’art, mais ce n’était pas véritablement un mentor. Il ne m’a pas vraiment influencé. Neo Rauch – artiste aujourd’hui très en vue –, alors assistant d’Arno Rink à l’académie où j’ai fait mes études, ne m’a pas trop marqué, car il a quitté l’école juste un an après mon arrivée. C’est quelqu’un que j’admire beaucoup, mais ce n’est pas un mentor.
Qu’espérez-vous de cette collaboration ?
Je n’ai aucune idée de ce qui va en ressortir. Je n’ai pas une vision claire des choses. À ce jour, j'ai eu plusieurs conversations avec David Hockney, au cours desquelles il a parlé d’art. C’est un excellent professeur, capable de changer ma façon de voir grâce à son enthousiasme : c’est très stimulant. J’espère aller le voir dans son studio et, peut-être, avoir la chance de travailler avec lui ou de le voir travailler. Je suis persuadé qu’on doit ressentir de l’énergie à le voir travailler.
Jusqu’ici, qu’avez-vous le plus apprécié en tant que protégé du Programme Rolex ?
Le voyage à Paris avec David Hockney. C’était vraiment impressionnant. Nous avons vu quatre expositions en deux jours : les peintures chinoises sur rouleau au Grand Palais, le musée Picasso, Miró au Centre Pompidou et le département des antiquités égyptiennes du Louvre. Un programme parfait ! C’était surprenant d’observer les points communs entre ces quatre expositions. Vous voyez la sculpture d’une chèvre au Louvre, vous visitez le musée Picasso et vous en concluez que Picasso a dû voir cette chèvre égyptienne, tant il y a de similarités. C’était génial !
Quelle a été votre première impression lorsque vous avez rencontré votre mentor lors du processus de sélection ?
Quand je suis rentré chez lui, j’ai été frappé par la multitude de livres et de tableaux. Je me suis dit qu’il devait en savoir énormément sur l’art. Notre conversation a été des plus naturelles. Il s’est montré très amical. Nous avons d’abord essayé de définir nos intérêts, de voir ce que nous avions en commun. Nous avons découvert que nous avions le même intérêt pour l’espace. Et puis nous avons discuté de ce que représente la peinture par rapport aux autres formes artistiques, et comment elle va plus loin que la photographie. Très vite, j’ai eu l’impression que je le connaissais depuis longtemps.
Quelles ressemblances ou différences voyez-vous entre votre travail et celui de votre mentor ?
La différence réside surtout dans notre approche, dans la manière dont nous peignons. Quand je commence un tableau, je ne sais absolument pas quel sera le résultat, alors que David Hockney sait très précisément dès le départ où il veut aller. Dans ses aquarelles, par exemple, il ne s’autorise aucune erreur – pas question de repasser dessus. Mes tableaux sont pleins d’erreurs. Ils sont faits d’une multitude de couches et d’images pour arriver à un seul tableau final. Comme je l'ai déjà dit, notre point commun est l’intérêt pour l'espace pictural, l’usage d’un modèle et notre volonté d’exprimer le temps par le biais de la peinture.
Pensez-vous que les conseils de David Hockney vont modifier votre conception de la peinture ?
Mon travail va changer, assurément, mais je ne sais pas comment. Pour moi, un peintre doit être expressif, et il est important d’être en mouvement. Tout au long de sa vie, David Hockney a fait preuve d’une extrême flexibilité, guidé uniquement par ce qui l’intéressait. J’aimerais changer ma façon de travailler, de temps en temps, mais je ne sais pas encore de quelle façon.