Vœu exaucé
Weischer ne savait toujours pas si, à un moment quelconque de l’année, il pourrait voir son mentor au travail. Mais, si l’on peut utiliser cette métaphore, cela faisait des années qu’il regardait par-dessus l’épaule de David Hockney. Longtemps avant leur rencontre, il étudiait déjà ses toiles et en transformait les motifs selon sa propre inspiration, très différente.
Globe-trotter
Tel le génie veillant sur un jeune prince, David Hockney concocte alors pour son protégé des voyages de découverte visuelle en tapis volant. Pendant l’été, tout d’abord, ils passent deux jours à Paris dans un tourbillon de visites : les rouleaux chinois, Miró, le musée Picasso et les antiquités égyptiennes du Louvre – toujours à l’affût d’analogies inattendues. Le printemps suivant, Weischer est invité deux semaines dans la fabuleuse oasis de Hockney sur les collines de Hollywood. Il fait avec lui la tournée des célèbres collections des musées d’art publics et privés du sud de la Californie, et assiste au vernissage de l’exposition de Hockney, Hand Eye Heart, qui présente ses nouvelles aquarelles du Yorkshire.
Et enfin…
Pourtant, c’est finalement dans le silence de son atelier qu’il a imprimé le plus profondément sa marque, en invitant Weischer à poser pour un portrait en pied. Là, en plusieurs séances de vingt minutes par jour, plusieurs jours d’affilée, le jeune homme a enfin eu ce dont il rêvait. Mais au fait, le modèle ne se tient-il pas au mauvais endroit pour voir la main du peintre au travail ?
Hockney avait prévu ce problème et installé un miroir qui a permis à Weischer de suivre chacun de ses gestes. « Il a travaillé directement à partir de l’objet », dit-il, utilisant le langage des peintres. « Pendant la première demi-heure environ, il a esquissé une silhouette – juste quelques traits, mais il faut qu’ils soient justes. Ensuite, il a choisi des couleurs pour les surfaces les plus grandes : bleu pour mon jean, gris pour le pull, chair pour le visage et les mains. Là encore, il commence par quelque chose de simple : des couleurs unies, mais elles doivent être justes. Après, il s’attaque aux détails. On sentait vraiment sa concentration. »
La révélation
Pour le jeune peintre des intérieurs nus, l’expérience a été une véritable révélation. « La main me démangeait, avoue Weischer. Maintenant j’éprouve vraiment le besoin de m’essayer au portrait. » Bientôt une première !
Extrait d'un article rédigé par Matthew Gurewitsch pour Voix d'exception, visions partagées consacré au cycle 2004/2005 du Programme Rolex de mentorat artistique.