Après l’année de mentorat

Alejandro Cesarco évoque son année en tant que protégé.

Comment décririez-vous la période que vous avez passée avec John Baldessari ?

Je dirais qu’elle a été à la fois amicale et productive. Après une première phase où nous avons fait connaissance, nous sommes passés à une collaboration sur un projet qui comprenait un livre et une exposition. John a été très généreux de son temps et de son expérience. J’espère que notre relation débouchera sur une amitié durable.

Vos conceptions de l’art sont-elles proches ou divergentes ?

Le contenu et la forme de notre travail sont de toute évidence très différents, mais je crois néanmoins que nous partageons certaines interrogations quant à la nature même de la notion d’« art » telle qu’elle est parvenue jusqu’à nous, en termes de catégories, d’histoire, de fonctions, etc. Les stratégies et les méthodes que nous employons reflètent nos intérêts personnels, mais elles sont, je crois, fondées sur un intérêt commun : redéfinir sans cesse les limites et les fonctions de l’expression artistique.

Votre relation semble avoir été amicale, ludique et sérieuse à la fois. Comment la décririez-vous ?

Je reprendrais volontiers vos termes : « amicale, ludique et sérieuse à la fois ». John est quelqu’un d’extraordinairement spirituel, direct, et il est totalement dépourvu de préjugés en matière artistique. C’est un esprit vraiment ouvert et curieux, et nous avons pu nouer très vite une relation sincère.

Pourriez-vous nous décrire les sérigraphies que vous avez créées ensemble ?

C’est un projet qui s’articule autour de l’idée du regard rétrospectif en tant que dispositif de cadrage et mode de narration. Il s’intéresse à la différence qu’introduisent la re-narration et la représentation du passé dans le présent. La segmentation de l’histoire est un procédé parfaitement arbitraire et conventionnel ; c’est en somme un récit qui vise à rendre le présent intelligible. Quelles sont les conséquences ? Qui est le narrateur, à qui s’adresse-t-il ? Qu’est-ce que cette narration englobe, qu’est-ce qu’elle laisse de côté ? Le projet évoque, d’une certaine manière, le danger de se complaire dans le passé, et l’intérêt de se souvenir pour réinventer.