Leur collaboration

Baldessari a soudain l’idée d’un projet en collaboration avec Alejandro. « J’y ai pensé ce matin. Je voulais qu’il y réfléchisse ; tout son travail tourne en grande partie autour de la notion de collaboration, de manière directe ou indirecte. » Cesarco réagit du tac au tac. « Ça permet de rejeter la faute sur l’autre ! », lance-t-il en guise de boutade. Dans leur monde conceptuel, la communication importe davantage que la propriété. Comme le relève le protégé, « l’interlocuteur compte presque plus que ce qu’on dit. »

« Une collaboration réussie, ce n’est pas simplement quelque chose qui a été réalisé par deux artistes », précise Baldessari, d’un ton toujours affable mais soudain un peu didactique. « C’est quelque chose qui n’existerait pas sans cela. Où commence l’œuvre ? Nous décidons de réaliser une œuvre remarquable, et, à un certain moment, elle existera ! Mais peut-être que ce ne sera rien de visible : juste du bouche-à-oreille. »

Cesarco : « Ça me convient parfaitement ! »

Baldessari : « Un projet de rumeur ! Et l’œuvre est achevée le jour où la rumeur me revient ! »

Des mois plus tard, dans un restaurant de Manhattan non loin de son bureau, Cesarco avait encore à régler des questions bel et bien concrètes. « Le projet va être "sous-traité" à un imprimeur, comme Prima Facie, mais à une échelle différente, expliquait-il. John sait que cette collaboration m’apportera plus qu’à lui. Il m’a donc demandé de lui proposer quelque chose. Je lui ai donné trois options, en espérant qu’il choisirait celle que je préfère. Je fournis l’étincelle initiale, et sa participation consistera à trouver une solution formelle, un peu comme un producteur de disques. »

Murray Guy, la galerie de Manhattan qui expose les œuvres de Cesarco, annonçait quelques semaines plus tard le titre du projet : Rétrospective. Douze sérigraphies de 91 x 121 cm sur feuilles d’aluminium, accompagnées d’une brochure sur le regard rétrospectif.

Et à quoi cela ressemblera-t-il ? Seul l’avenir nous le dira.

Extrait d'un article rédigé par Matthew Gurewitsch pour Mentor & Protégé, un magazine consacré au cycle 2006/2007 du Programme Rolex de mentorat artistique.