Edem, A quest without end

Edem

A quest without end

Overview

April 2010 - Edem, 2006-2007 Literature Protégé

Since his mentorship year in 2006-2007, things have looked exceedingly bright for Togolese author Edem Awumey. He still lives in Gatineau, in the Canadian province of Quebec, and, at age 34, he is the happy father of a first child and a second novel. Les pieds sales (Dirty Feet), written during the mentorship, was released by the leading French publishing house Le Seuil — whose editorial board approved the manuscript unanimously — in late August 2009 and by Le Boréal publishers in Canada on 1 September 2009.

Since Port-Mélo, which was published in 2006 in Gallimard’s Continent Noir imprint, Edem has tightened his writing. Using precise yet powerful language, he tells the story of an African taxi driver who, while pursuing an endless search for his father in Paris, relentlessly tries to escape from what the book hints is a troubled past.

“Edem…has recreated a world that goes beyond mere events, beyond the recent past of his country, Togo, to depict characters who are part of the world’s suffering. Whether in Africa or in Europe, the damned of the earth wander under the complicit eye of the writer. This novel touches us all because it is universal in scope,” writes Tahar Ben Jelloun.

“Writing is a drug” confesses Edem. When not teaching French to civil servants in Ottawa, he devotes every free minute to his writing. He holds a PhD in literature and hopes that he will one day obtain a university position.

Edem has started work on a third novel that plays out in a “plural landscape” on the leitmotif of erosion, both of the earth and of memory. The novel tells the story of another quest, “but not from the point of view of escape”, he explains.

He finds inspiration in encounters with the people he meets and in the places he visits, such as the port of Tangiers and its young people in search of another life, which he discovered with Ben Jelloun.

He also works with Palabres, a specialized journal on francophone literature.

Edem

A quest without end

Interview

April 2010 - Edem, 2006-2007 Literature Protégé

Edem talks about his new novel and his new role as a parent.

How does this novel differ from your first?
Each book is unique because each story demands a different approach. Each is the expression of a specific worldview. The setting of my first novel was Africa for the most part. With this second one, I make a foray into a larger space – the West, that “elsewhere” that attracts the “dirty feet”, travellers from the South.

How long did it take you to write Les Pieds sales?
Before formulating a story in writing, you keep it inside you for a while, months, sometimes years. I wanted to write a book on travelling, wandering. After having plotted the storyline, I actually began writing during the year Tahar Ben Jelloun was my mentor. The scenes of young people leaving from the port of Tangiers also inspired me. The writing per se must have taken eight to twelve months.

Did Tahar Ben Jelloun counsel you during the crafting of this novel? What was his most important contribution?
Tahar Ben Jelloun’s advice was obviously very useful to me in constructing my story. He is a very demanding writer and that calls for great precision on your part, obliging you to have a good mastery of what you want to say and how you want to say it.

Is there any news about Les Pieds sales being translated into other languages?
Les Pieds sales just came out in Paris. In Quebec, it will be in bookstores in two weeks. It’s a little early to talk about a translation, but it would be very interesting if it happened.

How old is your baby?
My son is five months old, now he’s a big man.

Is it difficult balancing parenthood and writing?
The first months as a parent are the most challenging and the most wonderful. It’s a learning experience, a road untravelled, like beginning a new book while feeling that you haven’t quite mastered all the twists and turns of the story. It’s a beautiful sense of feeling a bit lost. But since my son started sleeping through the night, I’ll be able to write on a regular basis.

What are you working on now?
I’m working on a new novel that takes me from Africa to the Americas.

Edem

A quest without end

Excerpt of Les Pieds Sales

April 2010 - Edem, 2006-2007 Literature Protégé

Excerpt of Les Pieds Sales
Published by Le Seuil in France and Boréal in Canada in 2009. Available in French only.

Askia racontait que sa mère, dans son délire final, n’avait cessé d’évoquer des lettres que lui aurait envoyées de Paris son père, Sidi Ben Sylla Mohammed. Des photos aussi. Qu’il n’avait jamais vues. Un jour cependant, il partit sur les traces de l’absent, le père. Il partit, non pas pour retrouver l’absent. Il pouvait vivre avec les trous dans sa généalogie. Il partit parce qu’il y avait eu aussi ces mots étranges de la mère: «Longtemps, nous avons été sur les routes, mon fils. Et partout, on nous a appelés les pieds sales. Si tu partais, tu comprendrais. Pourquoi ils nous ont appelés les pieds sales.»

Paris. Cet après-midi-là, il se trouvait devant le 102, rue Auguste-Comte parce que, trois jours plus tôt, une cliente, dans son taxi, lui avait avoué avoir photographié Sidi Ben Sylla Mohammed. Étudiant son visage à travers le rétroviseur, elle avait dit: «Vous ressemblez à quelqu’un. Un homme au turban qui a posé pour moi il y a quelques années…» Ce n’était pas la première fois qu’une passagère lui faisait le coup de la ressemblance, histoire d’échanger quelques mots. Et, bien des fois, la rencontre des mots pouvait se muer en celle des corps pour tromper l’ennui. Le vide au fond de la peau et de la nuit noire. Ce soir-là, toutefois, la fille mentionna le turban, détail qui faisait écho aux paroles lointaines de la mère d’Askia. Sa génitrice avait en effet le même refrain:«Tu lui ressembles, Askia. Si tu portais un turban toi aussi, ce serait parfait. J’aurais l’impression que c’est lui qui est revenu. Juste l’impression. Car il ne reviendra pas.» Il était alors adolescent. Plus de trente années avaient passé depuis, et Askia n’était pas parti pour vérifier sa ressemblance avec l’absent. Il voulut néanmoins voir les photos, et la fille lui répondit que ce serait possible plus tard. Elle devait s’absenter une ou deux semaines pour un boulot en province.

Askia avait pris les routes parce qu’il y avait eu cette autre phrase mystérieuse de la mère: «La malédiction de la famille, c’est d’enchaîner les départs, de marcher des milliers de chemins jusqu’à l’épuisement et la mort. Regarde-toi, mon fils, tu n’arrêtes pas de courir dans la nuit avec ton taxi…» Difficile de comprendre la mère et ses mots. Askia savait juste que, avec le métier qu’il faisait, il devait courir les routes. Cependant, dans sa fuite sur les pavés du Nord, il voulait vérifier si sa mécanique programmée pour courir pouvait s’arrêter… Sur le trottoir passèrent devant lui un chien et sa maîtresse.

Il se rappela que, enfant, quand il passait ses journées au dépotoir des Trois-Collines, dans la banlieue misérable des tropiques où il avait débarqué avec sa mère, il côtoyait des chiens qu’il n’aimait pas. Spécialement celui du père Lem nommé Pontos.

Le 102, rue Auguste-Comte. Un immeuble de quatre étages fraîchement ravalé. Askia sonna. Une fenêtre au rez-de-chaussée à gauche de la porte s’ouvrit. Il se dit que ça devait être la loge du concierge. Ça devait être quelqu’un, un bonhomme ou une vieille dame en exil sur l’île déserte de sa loge, la vieille postée là pour poser mille questions aux visiteurs et éloigner les emmerdeurs. Mais ce ne fut pas une vieille qui l’accueillit. Un mâle dans la cinquantaine passa la tête dehors.

— J’ai rendez-vous avec mademoiselle Olia, dit Askia.
— Quel est le nom au complet?
— Olia.
— Un prénom, ça ne veut pas dire grand-chose.
— Elle est brune.
— Ça ne veut pas dire grand-chose non plus. Elle habite à quel étage? Vous avez rendez-vous? On ne m’a rien dit. Désolé, je ne peux rien faire pour vous.

Et l’homme referma son hublot. Askia resta un moment sur le trottoir. Il n’était pas furieux. Il pensa juste que la photographe, cette cliente qui lui avait promis de lui montrer des portraits de son père, s’était payé sa tête. Il traversa la rue, se dirigea vers les grilles du jardin du Luxembourg, en face. Sur les grilles, il y avait une expo. Les images étaient accrochées dans le ciel d’un monde autre. Des photos extraites d’un film: Himalaya. L’enfance d’un chef. Des images d’un monde lointain, accroché aux grilles du parc. De grands panneaux qui montraient des hommes en marche dans plusieurs saisons…Comme lui. Le vent lui agressa le cou. Il releva le col de sa veste et fit plusieurs fois le tour des grilles et des images. La foule diminuait, la nuit noyait les paysages sur les panneaux. La nuit le prenait. Il décida de rentrer.

Elle arriva derrière lui, le surprenant dans son dialogue avec les visages sur les panneaux. Il la suivit, retraversa la rue. Elle composa le code de l’entrée. Ils prirent l’escalier en face de la porte. Brillaient dans la lumière ténue du hall les cuivres des balustrades et le velours d’une moquette rouge. Ils montèrent. Elle devant et lui sur ses talons. Elle ne s’arrêta qu’au dernier étage et introduisit sa clé dans la serrure d’une porte à double battant. Il entra à sa suite. C’était petit, beau, neuf. La porte d’entrée donnait directement dans ce qui était à la fois le salon et le coin cuisine. Un divan recouvert d’un drap couleur cendre faisait face à la porte. Derrière le divan, des étagères aménagées dans le blanc des murs. Il en compta quatre supportant des livres et des bibelots, un cendrier et un bol en terre cuite, une boîte carrée en bois, minuscule.

Entre les livres était glissée une plume d’oiseau très large que faisait mouvoir le moindre souffle. Les bouquins occupaient le fond des étagères, les bibelots étaient posés devant. Autour de cet espace bibliothèque, des photos étaient collées sur le mur. Il les examina. Il faut dire qu’il y avait un lien entre ces figures sur le mur. Il avait déjà eu entre les mains un volume sur les écrivains de la Négro-Renaissance, aussi n’eut-il aucun mal à reconnaître sur les quatre photos alignées à l’horizontale et dominant la bibliothèque tout en haut sur le mur W. E.B. Du Bois,Alain Locke, Langston Hughes, Countee Cullen. Sur le côté droit de la bibliothèque et collées l’une au-dessus de l’autre, il reconnut les têtes de Claude Mac Kay, Sterling Brown, James Baldwin. Il ne réussit pas à identifier la dernière. La fille remarqua son intérêt.
Elle dit:
— J’aime bien les portraits de Noirs. Ils savent capter et retenir la lumière.
— Mon père n’a rien à voir avec ces figures célèbres sur vos murs… Pourriez-vous me montrer ces photos que vous avez prises de lui? C’est bien pour cela que vous m’avez demandé de passer?

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